Tuesday 29 July 2008

Seaman's Club, Aden [Yemen]

One Eyed Silver, Bobo Balou & Le Saint venaient a peine d'arriver en ville. La matinée, bercés par la chaleur émanant du rocher volcanique et la fine poussière, ils avaient trouvé non loin de leur bateau amarré une sorte de club ou ils pouvaient enfin épancher leur soif. A près de 4$ la canette, c'était cher mais ils le méritaient. Les locaux avaient l'air joviaux si ce n'est saouls a coup de bouteilles de vodka ou de whisky local, en pleine journée du Vendredi, Aden avait l'air d'être une bulle en dehors du monde islamique dans lequel ils naviguaient depuis plus de 3 semaines maintenant. Le sourire aux lèvres au gout de sel, ils, surtout One Eyed Silver, avaient remarqué quelques représentantes de la gente féminine, elles toutes aussi enclin a la boisson. Une surprise agréable en plus, Aden au fur et a mesure des heures passées devenait de plus en plus attrayante. Ils savaient maintenant ou ils allaient passer le reste de la soirée. Balou, tout innocent qu'il était, trouvait exceptionnel que des femmes portant le hijab se découvraient devant lui avant d'enquiller un énième verre de vodka. Le Saint quant a lui semblait suivre tout ça un peu de loin, comme s'il hésitait entre partager l'euphorie naissante et plonger en elle de tout son corps. Il était encore tot. Afin d'éviter de se ruiner en bières et ne voulant pas avoir des souvenirs seulement confins au Seaman, ils décidèrent de partir en reconnaissance du Cratère. Les poches de nouveau pleines d'argent, la pause ne dura pas longtemps et une heure plus tard tout au plus, ils se retrouvèrent attablés de nouveau au Club autour de bières fraiches. Cette fois ils étaient les seuls hommes présents, les demoiselles de cet après midi étaient, elles, encore la! Elles étaient originaires de contrées avoisinantes, éthiopiennes ou somaliennes, et quelques unes parlaient un peu l'anglais. Après quelques flatteries coutumières, présentations sommaires et mains baladeuses, elles se joignirent au groupe. Silver comme a son habitude, appréciait l'attention de quelques doigts amhariques glissé dans son pantalon, Balou & Le Saint, eux, restaient encore stoïques, habitués au comportement de leur capitaine: n'était-ce pas lui qui au sortir d'un restaurant chinois a Port Said demanda a deux jeunes filles accompagnant un homme arabe si ce dernier était jaloux, s'il les traitait bien ou enfin s'il y'avait moyen de partager leur compagnie. Ils l'ignorèrent tous les trois. Le cas était différent ici, les bières coulaient a flot et il n'y avait pas de concurrence. On décida de passer au gin, avec du 7-Up et des glaçons taillés dans le bloc. Il se faisait tard et aux environs de 9 heures, Roudah la serveuse un peu ronde au visage charmant, nous demanda de finir nos verres ailleurs, juste derrière une porte dérobée, sur une terrasse aménagée en piste de danse, avec vue sur le bateau et le Prince of Wales Quay. Il y'avait une sorte d'estrade ou il y'avait divers instruments musicaux, encore seuls... Nous avons appris alors que nous étions dans le Club proprement dit et que celui ci ne fermait jamais avant 4 heures du matin. Notre petit groupe était devenu plus grand, en plus de nous 4, 3 ou 4 filles s'étaient assises a notre table. Tout le monde était déjà bien emmeché et chacun avait sa compagne attitrée, même le gauche Bobo Balou. La jeune fille assise à coté de moi avec les cheveux courts et qui était assez brusque dans ses caresses, insistait vouloir être ma sœur et me présenter la fille que je voulais. Elle pointa du doigt les demoiselles de notre assistance et ajouta en fin de mouvement "... et Roudah", la serveuse du bar au visage si charmant. Avec une sorte de sixième sens formé dans ce type de bar et au cours de mes voyages, j'ai senti qu'elle serait ma planche de salut. Je l'ai donc choisie, comme elle était celle qui tolérait les simagrées des filles au bar et que ce n'était pas une "professionnelle", j'ai en fin de compte passé une charmante soirée en excellente compagnie. Elle m'effeuillait du Qat avant de me le présenter a la bouche, me passait l'embout de la Chicha, parfumée à la pomme, encore humide pour être passé par ses lèvres. Pendant ce temps là, les bouteilles à ma gauche s'amoncelaient, les bières aussi, suivis de plats chauds et encore plus de boissons. Le Qat est un coupe faim mais aussi en ce qui me concerne, ne se mélange pas avec l'alcool, je prenais une rasade d'eau de temps en temps afin de garder la boule verte dans ma joue encore humide. L'effet pointait son nez et je me suis assez vite retrouvé coupé de tout, écoutant d'une lointaine oreille les tubes du Moyen Orient auxquels les musiciens rajoutèrent quelques grands succès de Raï en mon honneur. Encore plus de feuilles, encore plus de fumée, j'ai payé quelques bières à mes hôtes qui étaient beaucoup moins assoiffés que les éthiopiennes ou somaliennes à ma gauche. J'étais comme dans un état de grâce, bercé par la musique, le charme quasi érotique de Roudah qui relevait le coin de son voile pour fumer sur le narghileh ou pour glisser délicatement dans sa bouche quelques feuilles de Qat en plus. Je jetais de temps a autres un coup d'œil sur mes voisins et souriait aux intrigues naissantes entre filles, entre les filles et un homme efféminé qui semblait apprécier énormément Le Saint. Plusieurs fois des insultes ont volé entre eux, sous l'indifférence des intéressés qui ne voyaient rien au jeu d'échecs qui se jouait sous leurs yeux. Je discutais avec une amie de Roudah sur la nature de mes cheveux et le peu de soin que je leur prodiguais quand le serveur, qui savait que je parlais un peu l'arabe vint me voir au sujet de l'addition. Je payais à la commande, il devait donc s'agir de la table d'amphitryons. Il m'explique qu'il avait présenté la note aux messieurs et que visiblement aucun d'eux n'avait compris, ou fait mine d'avoir compris, combien ils devaient. Le Saint avait environ 100$ qu'il paya presque sur le champs en attendant sa monnaie, Silver qui dansait avec sa compagne dans un état d'hebrieté avancé se foutait totalement de l'addition. Balou lui était dans une sorte de transe admirative devant sa voisine, une arrivée tardive qui s'était mis en retrait du groupe et ne buvait qu' occasionnellement. Le hic c'était que l'addition était de 500$, j'avais de la peine à le croire surtout que certaines de leurs commandes avaient été payées de suite. Je fis un compte rapide, il y'avait plus d'une trentaine de bières, 3 bouteilles de vodka et gin, un nombre incalculable de 7-Up, de plats cuisinés, de serviettes en papier... tout était facturé. Je me retourne vers la table et les 3 continuaient a vaquer à leurs occupations avec la gente féminine. J'ai essayé d'expliquer au serveur que certaines bouteilles et plats étaient déjà payés mais il soutenait que ceux ci ne figuraient pas sur l'addition... Ne sachant pas combien ils avaient bu, eux non plus d'ailleurs, et voyant qu'ils étaient très peu intéressés par la résolution de l'énigme, je me suis lavé les mains royalement et indiquait finalement au serveur de voir ça avec eux. Roudah, qui travaillait la journée au Club, vint à ma rescousse et affirma que je ne faisais pas partie de la table incriminée. Je me retourne donc vers le narghileh et les lèvres humides de Roudah, me félicitant intérieurement d'avoir jeté un semblant de dévolu sur elle. Finalement interpelés par Le Saint, Balou & Silver se joignirent à la conversation, ainsi que toute la tablée. Certaines disaient que oui, d'autres que non, on chuchotait aux oreilles le nom d'Ali Baba, en allusion aux 40 voleurs, les gars de la sécurité s'en mêlèrent et un silence s'établit. Silver, avec l'énervement qui le caractérisait quand il était saoul, se dirigea vers la caisse et régla le différent avec les 400$ qui manquaient. Tout encore sous l'effet du Qat, je dis bonne nuit aux quelques personnes autour de ma table, Roudah me demanda de l'embrasser en guise d'au revoir, et juste quand j'approche ma tête de la sienne, elle releve son voile pour la dernière fois et m'offre ses lèvres au gout de pomme. Sur le chemin du retour, Silver, Balou et Le Saint ruminaient leur folle dépense et quelqu'un suggéra de partager les frais. Je ne dis rien mais quand l'idée refit surface plus tard dans la soirée sur le bateau, je leur ai rappelé que bien qu'en partie en leur compagnie, je n'étais pas a leur table. Il me semblait que seuls eux devaient se partager le prix de leur vanité. Depuis ce jour, en souvenir du fiasco, en souvenir de Roudah et de ses lèvres délicates, quand on me demande mon métier je précise: Seaman!

Monday 17 March 2008

Choses Promises...

Voila... Ça fait un peu près plus d'une semaine que je suis rentré de mon dernier voyage qui m'a emmené sur les cotes de la Corse, la Sicile, la Grèce et la Turquie. Le voyage dans son ensemble fut assez agréable mais je me rend compte que j'ai quelques difficultés a partager un espace restreint avec des gens avec lesquels j'ai peu d'affinités ou au contraire beaucoup d'antagonisme. Ou est-ce tout simplement un certain refus de ma part de l'autorité naturellement présente sur un vaisseau? Enfin... Toujours est il que naviguer avec d'anciens militaires, britanniques qui plus est, ne me convient pas. Cette conception désuète que la plupart ont de leur mission salvatrice et civilisatrice me dégoûte, de part mes origines; l'idée que les anciennes puissances coloniales ont en quelques sorte rendu service aux populaces asservies me révolte et l'entendre aujourd'hui m'étonne encore, alors que le fait peut être le plus important du siècle révolu ne soit justement pas la chute du communisme, ni les divers génocides mais bien la fin des colonies et de ses privilèges... J'arrête la ma diatribe, le voyage s'est quand même bien passé, je n'avais jamais été en Corse avant, ni en Sicile, ni en Grèce, ni en Turquie et mis a part quelques différents notre équipage fonctionnait bien. Le rythme peu soutenu avec lequel nous naviguions m'a une fois de plus montré combien je me sens bien dans cet élément et comme j'ai hâte d'arrêter d'en faire mon métier. Cette possibilité d'accéder a des endroits merveilleux par la mer est un émerveillement perpétuel. Du coup, quand je suis rentré de nouveau a Paris après près de 3 semaines en mer et que l'on m'a appelé pour emmener en bateau d'Espagne jusqu'en Thaïlande, je n'ai pris que quelques heures pour me décider a accepter... Au moins 2 mois en mer cette fois ci, la suite au prochain épisode :)

Coucher de Soleil sur L'Etna [Photo de MW]

Saturday 9 February 2008

Year of the Rat

Ok, I've been very very lazy lately here... The truth is that I haven't done much for the last few months, so I reckoned there wasn't much to write about! Anyway, in this auspicious new year, I promise to be more dedicated :) Starting from next week: I'm going on a delivery from of south of France to Turkey in a few days, hopefully it will be an eventful trip...